Eden Hazard, l'épopée blue d'un galactique

Tout a commencé par un tweet, envoyé le lundi 28 mai 2012 à 21h41 : "Chose promise chose due... je vais rejoindre le champion d'Europe". Un tweet attendu par toute la Belgique mais aussi l'Angleterre, après le teasing effectué le matin-même : "Salut tout le monde, voilà j'ai fait mon choix. Rendez-vous cet aprem. Bonne journée".

Il faut dire que depuis plusieurs semaines, le départ du joyau du Losc était acté et tout semblait l'envoyer à Manchester, où United et City se l'arrachaient. Puis, le sacre européen de Chelsea assorti de la qualification automatique pour l'édition suivante de la Ligue des Champions, a rebattu les cartes. En septembre, le Brainois avouera même avoir longtemps été séduit par... Tottenham, avant que les Spurs échouent à se qualifier pour la C1. Ce qui a joué en faveur de Chelsea, qui a avancé les arguments les plus solides pour le convaincre. Notamment au niveau de la qualité de jeu : "Personne n'était fan du jeu déployé par Chelsea la saison passée mais les dirigeants m'ont assuré qu'ils allaient recruter pour jouer un football décent", reconnaîtra l'intéressé.

Avant de dévoiler ce petit bout de coulisses de son propre transfert, quatre mois s'étaient écoulés depuis sa signature. Quatre mois au cours desquels le Diable rouge avait notamment pu prendre la mesure de l'influence des tabloïds anglais. Par la suite, il y eut des trophées et presque autant de rumeurs de départs que de dribbles déroutants.

Retour sur les sept saisons d'Eden Hazard chez les Blues.

2012-2013
Une première saison haute en couleur

"Hazard est cher et arrogant"

Au lendemain de l'officialisation de son transfert, certains médias se déchaînaient déjà, qualifiant Eden de "cher et arrogant" quand d'autres, comme le Daily Mirror, assuraient que finalement, seul Chelsea avait bien voulu céder aux exigences financières du Belge et de son agent de l'époque, John Bico.

En fait, l'Angleterre était en train de faire connaissance avec la fraîcheur et l'assurance d'Eden. En Belgique et en France, on savait depuis quelque temps déjà que le garçon était imperturbable et sûr de lui mais certainement pas arrogant. La barrière de la langue ne l'a pas aidé à mettre directement en avant sa sympathie et son humour ("Je ne connais pas de blagues en anglais mais quand ce sera le cas, je ne me gênerai pas", nous lâchait-il en août).

Il lui faudra finalement quelques semaines pour briser la glace avec les médias britanniques. En attendant, ceux-ci se délectaient notamment des déclarations de Sir Alex Ferguson, qui était pourtant lui aussi intéressé par Eden : "Quand je vois que Chelsea met 40 millions d'euros pour s'attacher les services d'Eden Hazard, je trouve que c'est beaucoup trop d'argent."

Une préparation décevante

Il n'a fallu que dix minutes de jeu au nouveau numéro 17 des Blues pour planter son premier but. C'était aux Etats-Unis, face aux Seattle Sounders, lors du premier match de la préparation estivale de Chelsea. La suite fut plus laborieuse, avec notamment une prestation décevante contre le Milan AC. De quoi agacer les médias anglais et pousser Roberto Di Matteo à défendre sa nouvelle pépite avant même le début de saison : "Bien sûr qu'on attend qu'il soit décisif, mais on doit être patient. C'est un jeune joueur qui vient de la Ligue 1, un championnat différent. Laissons-lui le temps de s'adapter."

Le principal intéressé restait fidèle à lui-même : "Je ne lis pas la presse anglaise", affirmait-il à son premier retour en Belgique, au mois d'août. "Je ferai tout pour m’imposer ici. Mais il est évident que je vais aussi jouer de mauvais matches, comme à Lille et en équipe nationale. Si les 40 millions me mettent la pression ? Non. Je suis cool."

Il faut dire que le plan d'Eden était prêt. Après une intégration parfois laborieuse dans le vestiaire de Lille à 16 ans, quand l'insouciance de son adolescence agaçait certains équipiers, il n'était pas question de reproduire les mêmes erreurs à Chelsea. Et si le Community Shield perdu face à Manchester City ne lui offrait rien de plus que de nouvelles railleries suite à une talonnade tellement ratée qu'il en trébuchait sur le ballon, le début de la Premier League allait le libérer.

Une opération séduction rondement menée

19 août, 14h30. Le coup d'envoi de la carrière d'Eden Hazard en Premier League est donné au DW Stadium, que se partagent l'équipe de rugby des Wigan Warriors et Wigan Athletic. À 14h37, Eden a séduit tout le monde. À commencer par Branislav Ivanovic, qu'il sert superbement dans la profondeur pour le premier but de la saison, avant d'aller obtenir un penalty tout seul comme un grand pour permettre à Lampard de débloquer son compteur.

Immédiatement, le son de cloche n'est plus le même dans les colonnes des médias locaux. "En voyant ce que ce gamin de 21 ans a fait aujourd'hui, Chelsea peut d'ores et déjà saliver à l'idée de ce que le Diable Rouge sera capable de démontrer une fois qu'il se sera complètement adapté au football anglais", écrivait notamment The Guardian.

Trois jours plus tard, Stamford Bridge accueille Reading. Le Diable offre un nouveau penalty à Lampard et un nouveau but à Ivanovic en fin de match, alors qu'il pouvait lui-même marquer puisque le gardien de Reading n'était plus dans son but. Contre Newcastle, il profite de la non-titularisation de Lampard pour débloquer son compteur buts avec un penalty transformé.

En une semaine, le Diable compte un but, trois assists et a obtenu deux penalties. Le tout en étant baladé par Roberto Di Matteo entre l'aile droite et l'axe alors que sa place de prédilection a toujours été le flanc gauche.

Benitez, premières rumeurs sur le Real et ballboy

L'euphorie s'estompe et Chelsea peine à confirmer son début de saison canon. Les regards se tournent alors vers Eden qui joue de moins bons matches, notamment face aux ténors. Tant en Champions League que contre Manchester City, le Belge et son équipe déçoivent et c'est Di Matteo qui en fait les frais. L'entraîneur italien est licencié en novembre et laisse sa place à Rafael Benitez.

"C'est la première fois de ma carrière que l'un de mes coaches est limogé en cours de saison, et je le vis assez difficilement. Je suis d'autant plus désolé pour lui qu'il m'avait fait venir ici. Ce sont les joueurs qui sont sur le terrain, alors ça dépend aussi un petit peu de nous", culpabilisait Eden.

En décembre, Christian Benteke accorde une longue interview au Sun et lâche une phrase qui ne passe pas inaperçue au sujet de son meilleur ami : "Son rêve est de rejoindre le Real Madrid et je ne vois pas comment il ne pourrait pas y aller dans un ou deux ans." Si l'amour d'Eden pour le Real n'était pas un secret, voilà toute la presse anglaise en état d'alerte.

L'année 2013 débute par la naissance de son deuxième fils mais se passe moins bien sur le terrain. C'est à cette période que le Brainois reçoit la seule carte rouge de sa carrière. Au cours d'un match de Coupe de la Ligue à Swansea, les Blues doivent remonter deux buts et le Diable s'agace de voir un ramasseur de balle gagner du temps. Il finit par shooter dans le ballon sur lequel le garçon s'est couché et le ballboy ne se fait pas prier pour simuler une douleur insoutenable.

Le joueur est exclu et sera suspendu pour trois matches malgré ses excuses, dès le lendemain matin, sur Chelsea TV. Heureusement pour lui, le ramasseur de balle et son père décident de ne pas porter plainte après avoir été interrogés par la police galloise.

Un triomphe européen pour clore une première saison en beauté

Ce début de scandale est vite étouffé par le regain de forme de Chelsea, qui finit troisième de Premier League et remporte l'Europa League. En seizièmes de finale, Hazard avait notamment évité à Chelsea des prolongations en inscrivant un but de classe mondiale face au Sparta Prague.

En mars, une étude montre que 3,1 % des maillots de Premier League vendus sont floqués à son nom, ce qui le place déjà dans le top 10. Un premier signe concret de sa popularité. Frank Lampard affirme pour sa part que "le monde est aux pieds d'Eden Hazard" avant de le comparer à Gianfranco Zola, légende du club.

En avril, Eden est propulsé dans l'équipe type de l'année et en mai, son équipe lui offre un trophée européen en remportant la finale de l'Europa League sans lui, puisqu'il était blessé aux ischios.

2013 à 2015 
Sous Mourinho, la confirmation puis l'explosion

Rafael Benitez ne fera pas long feu après avoir soulevé l'Europa League. Il file pour Naples et José Mourinho revient à Chelsea où tout le monde se demande comment se déroulera l'entente avec Eden Hazard. Le Diable est confiant : "Mourinho est très jovial. On a beaucoup parlé et écrit à son sujet, mais pour ma part, je le trouve charmant. Nous nous sommes déjà entretenus en tête à tête. Il m’a dit ce qu’il attendait de moi."

Lors de sa première conférence de presse de la saison, Eden dévoile aussi que Mourinho avait essayé de le faire signer au Real Madrid, lorsqu'il avait "19 ou 20 ans. Mais je voulais encore faire mes preuves en Ligue 1."

Le joueur confirme dès la Supercoupe d'Europe qu'il est à l'aise sous les ordres du Portugais, avec un superbe but au début des prolongations contre le Bayern de Guardiola, avant de voir Lukaku manquer le tir au but décisif...

Nomination, punition et réponse sur le terrain

En octobre, Eden fait partie des 23 nominés pour le Ballon d'or. Il se contentera finalement de la 22e place avec 0,16 % des suffrages mais cette première confirme qu'il fait partie d'un gratin du foot mondial dont il ne sera éclipsé qu'en 2016 après sa moins bonne saison chez les Blues.

Le 6 novembre, il est absent du match contre Schalke en Champions League et Mourinho ne fait pas de mystère au moment de s'expliquer : "Je ne veux pas mentir, il n'était pas blessé. Peut-être qu'il a oublié l'heure de l'entraînement lundi."

Après avoir présenté ses excuses au groupe, Eden plante un but et délivre un assist contre West Brom le samedi suivant. Deux semaines plus tard, il réussit la "meilleure performance individuelle jamais vue" par Frank Lampard contre Sunderland, avec un doublé à la clé. S'en suit un fou rire lors de l'interview en anglais du "Man of the Match", qui n'est alors pas encore à l'aise avec la langue de Shakespeare.

Avant la fin de l'année 2013, le Brainois inscrit un superbe but contre Liverpool, alors leader du championnat. "J'ai fait taire ceux qui disent que je ne marque que contre les petites équipes. Et cela me fait plaisir" explique celui qui, visiblement, s'est mis à lire la presse locale.

Début février, il oublie de marquer contre Manchester City mais réussit toutefois son match le plus abouti de la saison. Confirmant au passage qu'il franchit un cap sous Mourinho.

Le Special one lance d'ailleurs un débat de plusieurs jours, en conférence de presse d'après match, désignant son "Eddy" comme le "meilleur jeune joueur de la planète". Deux semaines plus tard, Hazard met fin au débat : "J'espère qu'un jour, les gens oublieront le mot 'jeune'".

Le PSG à l'affût, Zidane aussi

La fin de saison est émaillée par de nombreuses rumeurs de transferts. Eden a franchi un cap mais son contrat est toujours le même depuis son arrivée et au moment de signer un nouveau bail, le PSG lui fait la cour.

Mourinho assure que Chelsea veut "construire autour d'Eden", qu'il est "notre garçon, celui autour duquel on veut bâtir l'équipe pendant dix ans." Le Diable, malicieux, lâche une petite bombe dans un reportage de Canal + en avril : "Ma femme, c'est le chef. Si elle me dit: 'Chéri, j'aimerais que tu ailles au PSG', je devrai prendre cela en compte." Un bon moyen de se mettre en position de force avant de renégocier son salaire...

Zidane est alors entraîneur adjoint du Real Madrid et n'oublie pas de se rappeler au bon souvenir de celui qui fut son fan dans les années 90 lorsque la DH le croise après un match de gala : "Ce qu’il fait est formidable. Je l’ai suivi depuis qu’il est à Lille. J’adore le jeu, j’adore les bons joueurs de foot. Sur un terrain, il crée du jeu, il fait plaisir à voir."

L'influence d'Eto'o et la phrase qui fâche

En mars, une interview exclusive d'Eden dans nos colonnes apprend que Samuel Eto'o a presque autant d'influence que Mourinho sur la progression du Diable : "Tous les jours, il me dit que je dois faire partie des meilleurs joueurs du monde. À chaque match, il me dit : 'Tu ne peux pas sortir du stade sans avoir marqué un but'. À force de l’entendre, ça rentre dans ma tête."

Dans la foulée, le Diable joue ce qui reste à ce jour sa seule demi-finale de Champions League, face à l'Atlético Madrid. Après avoir loupé le match aller à cause d'un pépin au mollet, il ne parvient pas à faire la différence au match retour et laisse échapper un bout de frustration à l'interview : "Chelsea n'est pas fait pour jouer au foot. On est bon en contre mais on n'a pas réussi à faire la différence. On me demande souvent de la faire seul, ce n'est pas facile."

La réponse de Mourinho ne se fait pas attendre : "Cela ne m'étonne pas de la part d'Eden qui n'est pas un joueur qui se sacrifie à 100% pour les siens, une chose que je n'apprécie pas. Il doit s'améliorer défensivement." Lors du match suivant contre Norwich, Hazard prend place sur le banc et après la presse française au sujet du PSG, c'est au tour de la presse espagnole de s'emballer avec un éventuel intérêt réciproque entre le Barça et Hazard.

Chelsea termine la saison sur une nouvelle troisième place en Premier League, à quatre points d'un titre probablement perdu contre Sunderland (défaite 1-2), pendant qu'Eden soignait son mollet. Mourinho, lui, semble se réconcilier avec sa pépite au moment de lui remettre le prix de meilleur joueur de Chelsea : "Nous attendons encore plus de toi la saison prochaine, mon garçon."

Une prolongation de contrat qui se fait attendre

Après un Mondial brésilien satisfaisant dont il subsiste toutefois un goût de trop peu, il rentre à Chelsea où la perspective d'y signer un nouveau contrat prend le dessus sur celle d'un départ. Sur le terrain, les Blues confirment qu'ils sont favoris dans la course au titre et il faut attendre le 6 décembre pour voir Chelsea perdre son premier match de la saison, à Newcastle.

En coulisses, l'arrivée du mercato hivernal fait renaître des rumeurs concernant le PSG et le Real, avec un prix avancé par plusieurs médias : 90 millions d'euros. Mourinho éteint le début d'incendie: "Je ne suis pas inquiet concernant son nouveau contrat parce qu'on y est presque. Lui non plus ne craint pas ce 'presque'. Le club sait que ce 'presque' deviendra un 'signé'".

C'est finalement le 12 février que le dernier contrat en date du Diable est signé, avec 270.000 euros de revenus hebdomadaires jusqu'en 2020. En y ajoutant les primes et les revenus liés aux sponsors, Hazard touche alors 20 millions d'euros par an.

La fin de saison est marquée par la régularité de Chelsea dans la course au titre. Le 17 avril, Eden marque le seul but du match face à Manchester United et rapproche son équipe du titre.

Le 2 mai, il plie l'affaire en étant, de nouveau, l'unique buteur face à Crystal Palace. Il décroche au passage toutes les récompenses individuelles, notamment un triplé de joueur de l'année puisqu'il est élu à la fois par les joueurs, les journalistes et par Barclays, le sponsor principal de la Premier League.

Un mois plus tard, il est capitaine des Diables rouges pour la première fois à l'occasion de la victoire 3-4 au stade de France après un match amical rondement mené. What else ?

2015-2016
Le coup de blues

L’affaire Carneiro

Comme souvent, la troisième saison de Mourinho va s'avérer catastrophique. Le naufrage sera accéléré par l'affaire Eva Carneiro, dès la première journée de championnat. Thibaut Courtois exclu en début de deuxième mi-temps, Chelsea essaye de sauver le point du match nul dans les arrêts de jeu quand Eden reste au sol. Eva Carneiro et Jon Fearn, membres du staff médical des Blues, se précipitent sur le terrain et Mourinho, furieux, hurle sur ses collègues. La raison ? Après s'être fait soigner, Eden devra sortir de manière temporaire et laisser son équipe défendre à neuf pour la dernière action du match.

L’affaire fait la une des médias britanniques pendant plusieurs jours et le volet judiciaire mettra un an à se refermer. C’est également l’été suivant qu’Eva Carneiro cessera de recevoir des menaces de mort et pourra regarder à nouveau un match de football…

De la friture sur la ligne

La deuxième journée de championnat n’offre aucun répit à Chelsea : une défaite 3-0 à Manchester City plonge le champion en titre dans un certain marasme. Les Blues ne totaliseront que 11 points après 12 journées et Mourinho essaye de piquer son n°10 par médias interposés: "Si vous êtes le meilleur joueur de la Ligue, cela devrait être une responsabilité logique de refaire la même saison. Là, ce n’est pas le cas. Il peut mieux faire."

"Il n'y a pas besoin de connaître beaucoup le foot pour comparer ce que je faisais la saison passée et ce que je fais cette saison. Je suis moins bon" reconnaît le Diable.

La communication de Mourinho ne va faire que se dégrader : menaces de ne faire jouer que les jeunes dès la fin septembre, critiques ouvertes de ses cadres et conférences de presse plus chaotiques les unes que les autres.

The fired one

Fin octobre, des rumeurs sur l’intérêt du Real reviennent et même le très sérieux quotidien L’Equipe s’associe aux médias britanniques pour les relayer. Pendant ce temps, Chelsea est éliminé de la Coupe de la Ligue face à Stoke, sur un tir au but raté par son Diable rouge, pourtant spécialiste en la matière. En décembre, le Brainois sort sur blessure face à Leicester et les examens médicaux ne révèlent rien de plus qu’une contusion. Certaines voix s’élèvent pour dénoncer une simulation du Belge, qui aurait voulu écourter sa prestation dans cette période de crise.

Mourinho est licencié par Chelsea trois jours plus tard mais le calme ne revient pas pour autant: les supporters accusent les joueurs d'avoir laissé tomber le Special One. Une banderole désignant Hazard, Fabregas et Costa comme les trois coupables de ce licenciement sera même brandie par certains...

Les choses se calment avec l’arrivée de Guus Hiddink, qui met fin à l’hémorragie. Deux mois plus tard, Eden reconnaît un sentiment de culpabilité suite au départ de Mourinho : "Quand il est parti, je lui ai envoyé un sms pour lui dire que j’étais désolé. Nous avons énormément gagné ensemble. Je me sens un peu coupable de son départ."

L’éclaircie attendra le printemps

Entre temps, le Diable a (enfin) débloqué son compteur buts le 31 janvier, en marquant en FA Cup contre le MK Dons, une équipe de deuxième division. Mais il n’est pas encore de retour à son meilleur niveau et cela se confirme lors de l’élimination en huitièmes de finale de Champions League contre le PSG.

"La magie teintée d'impertinence, l'appétit pour le chaos et la joie de vivre pure ont déserté le Belge" écrit notamment le Daily Mirror. Les supporters reprochent à leur joueur d’avoir échangé son maillot avec Di Maria à la mi-temps. Et Eden, lui, doit soigner une blessure à la hanche qui s’est réveillée en fin de match et qu’il traîne depuis sa "simulation" contre Leicester, en décembre.

Ce repos forcé sera finalement salvateur. Après avoir pris la peine de démentir un accord avec le Real Madrid à la mi-avril, Eden retrouve les terrains pour les cinq derniers matches de la saison et plante ses quatre seuls buts en Premier League, dont un qui écarte Tottenham de la course au titre. "On se disait qu’il allait jouer 45 minutes ou un peu plus. Mais il prenait tellement de plaisir qu’il a pu jouer toute la rencontre. C’est le signe de son bon état d’esprit. Et quand il s’amuse, il est efficace" analyse Hiddink après le retour de blessure de son Diable.

De 2016 à 2018
De la régularité sous Conte

L’influence rapide de... Roberto Martinez

Officialisée en avril, l’arrivée d’Antonio Conte est effective dès le début de la préparation estivale. Et le travail porte rapidement ses fruits : Chelsea débute par un neuf sur neuf et Hazard est élu joueur du mois d’août. Il peut ainsi oublier plus facilement la déception de l’Euro 2016.

L'arrivée de Roberto Martinez à la tête des Diables lui donne d'ailleurs des idées: "Je veux jouer en position de numéro 10. Je pense avoir plus de liberté à cette place. Avec la Belgique, nous avons des latéraux qui courent beaucoup et créent des espaces, ce qui est bon et je tiens à jouer à cet endroit" explique-t-il au Times.

Deux défaites successives contre Liverpool et Arsenal poussent Conte à tenter quelque chose et le passage au 3-4-3 cher au sélectionneur des Diables va tourner en coup de génie : les Blues signent 13 victoires consécutives. Surtout, Eden Hazard devient plus régulier que jamais puisqu’il ne connaîtra, en deux ans sous Conte, aucune période significative sans se montrer décisif. "Eden joue maintenant plus près du but. Il participe plus aux situations offensives et reste dans une position où il peut marquer plus facilement par rapport à l’année dernière" analyse son nouveau mentor.

Des buts et des rumeurs

En novembre, il suggère l'idée de quitter Chelsea sur un titre de champion: "En mars, déjà, j'avais discuté avec Conte de ce qu'il attendrait de moi cette saison. Je n'avais pas marqué beaucoup mais il me voyait comme un buteur. Je lui avais dit que je resterais à Chelsea, que je ne voulais pas partir sur une mauvaise saison. D'ailleurs, si je quitte ce club un jour, ce sera après avoir gagné le championnat à nouveau."

En décembre, il crucifie Manchester City. En février, il slalome dans la défense d'Arsenal pour planter un but qui restera dans les mémoires: "Dès que j’ai reçu le ballon, j’ai pensé à dribbler. Je sais que je dois plus marquer et aujourd’hui, je l’ai fait."

En mars, Marca s'emballe sur des négociations entre Chelsea et le Real Madrid. Amené à commenter cette énième rumeur, le joueur demande au journaliste qui l'interroge: "Tu veux me mettre dans la merde ?"

Un deuxième titre et la blessure

Chelsea est sacré champion le 12 mai sur un but de Batshuayi et N'golo Kanté est élu meilleur joueur du championnat, juste devant le n°10 des Diables et des Blues. Seule ombre au tableau: la finale de FA Cup contre Arsenal est perdue sur le fil.

Cette saison pleine du Diable se termine par une fracture de la cheville, qu’il se fait tout seul, dans un faux mouvement, lors d’un entraînement avec l’équipe nationale. Son opération et sa revalidation écourtent ses vacances mais le joueur promet de revenir plus fort. Et il n’est pas du genre à mentir…

Le train est passé...

Alors qu’il avait envisagé de partir sur un titre de champion, cette blessure vient contrarier les plans des éventuels clubs intéressés par le Diable. Notamment le FC Barcelone, qui cherche à remplacer Neymar, parti au PSG. "Peut-être que Barcelone m’aurait pris pour remplacer Neymar, sans ma blessure. On ne saura jamais. De toute manière, je suis bien à Chelsea. Je n’ai aucun regret" expliquera le Diable juste avant la fermeture du mercato.

Il faut dire que pour assurer le coup, les Blues ont recruté… Kylian Hazard. "Il avait besoin d'un nouveau défi et j'ai demandé au manager s'il pouvait le prendre", reconnaîtra Eden avant de prendre son petit-frère sous son aile toute la saison.

Côté terrain, le Brainois acte son retour de blessure... avec les Diables, face à Gibraltar (77 minutes) et contre la Grèce (16 minutes). Puis face à Leicester, en championnat. Il devra attendre la fin octobre pour tenir 90 minutes et plante au passage un doublé à la Roma, en Champions League, avec notamment un but inscrit… de la tête.

En novembre, il réussit un match de grande classe face au Manchester United de José Mourinho. Une rencontre au cours de laquelle il est matraqué par l’équipe de son ex-entraîneur. Jusqu’en fin d’année, Eden est injouable pour ses adversaires et porte son équipe à bout de bras.

Le Real après le Barça ?

Invité par le journal télévisé de RTL, il en profite pour rappeler son rêve: "Être entraîné par Zidane". Dans la foulée, le Times annonce qu'il refuse de prolonger son contrat malgré les 17,6 millions d'euros annuels qui lui sont proposés. En fin d'année, Thierry Hazard lâche une bombe: "Ce que je peux affirmer à propos d’Eden, c’est qu’il a refusé une prolongation de contrat pour pouvoir, le cas échéant, donner suite à l’intérêt du Real, où il se verrait bien."

Trois semaines plus tard, le joueur est obligé d'éteindre l'incendie lui-même: "J'ai parlé avec mon père. Il a dit des mauvaises choses. Je suis centré sur Chelsea."

En février, Eden a une occasion rêvée de prouver qu’il est prêt à rejoindre un ténor de Liga lorsque le FC Barcelone se dresse sur la route de Chelsea en huitième de finale de Ligue des Champions. Le match aller (1-1) est une réussite malgré le jeu très défensif de son équipe et son sevrage de ballons. Le match retour au Camp Nou (3-0) sera un échec. Sans démériter, le Belge n’est jamais parvenu à faire la différence pendant que Messi lui montrait le chemin qui le séparait encore du Ballon d’or.

Questionné sur Andrés Iniesta et Eden Hazard, Antonio Conte en profite pour piquer son joueur : "Ce sont deux joueurs très différents. Iniesta a gagné beaucoup de choses, Eden Hazard doit commencer à faire pareil."

Un nouveau trophée malgré une cassure avec Conte

Entre l’aller et le retour, Chelsea avait perdu à Manchester City et, aligné en faux n°9, Eden avait déploré le choix de son coach : "Quand il y a Giroud ou Morata devant, il est plus simple d'allonger le jeu. Pas avec moi. Nous aurions pu encore jouer durant trois heures sans que je touche le moindre ballon."

Il faut dire que contrairement à la saison catastrophique sous Mourinho, Eden est cette fois plutôt bon malgré les difficultés de son équipe qui s’expliquent sans doute par l’absence d’un avant-centre capable d’empiler les buts et, au passage, d’offrir des espaces au meneur de jeu belge.

Chelsea se contentera donc de la 5e place en championnat et sauvera sa saison en remportant la FA Cup. Lors de la finale face à Manchester United, Eden inscrit le seul but du match sur un penalty qu’il avait obtenu tout seul, comme un grand. Il s’offre ainsi le seul trophée anglais qui lui manquait encore.

A l’issue du match, il refuse de parler d’un éventuel transfert et assure se concentrer sur le Mondial. Encore une fois, il tiendra promesse.

Le 5 juin, alors qu’il monte en puissance avant un Mondial au cours duquel il jouera le meilleur match de sa carrière, de son propre aveu, face au Brésil, Eden apprend en même temps que le reste de la planète le départ de Zidane du Real Madrid.

2018-2019 
Une certaine alchimie avec Sarri

"Vous connaissez ma préférence"

Dès le lendemain du coup d'éclat face au Brésil, Marca fait ses gros titres sur la possible arrivée du Diable au Real Madrid : "Ozil 2010 et James 2014... Hazard 2018!" Au soir de la troisième place acquise contre l'Angleterre, le Diable nous confie ceci en zone mixte : "Je vais me poser les bonnes questions en vacances. Il est peut-être temps de découvrir autre chose mais ce n'est pas moi qui décide. Vous connaissez ma préférence."

Le matin même de cette petite finale, Maurizio Sarri avait été intronisé coach de Chelsea et Dries Mertens n'avait pas manqué de vanter les mérites de l'Italien, sous les ordres duquel il a pris une nouvelle dimension, à son pote.

Dès la fin du mois de juillet, l'affaire semble entendue : Chelsea a fait savoir au Real Madrid que le joueur n'était pas à vendre. Ce qui rejoint le "Ce n'est pas moi qui décide" sorti deux semaines plus tôt de la bouche du Brainois. Contrairement à Thibaut Courtois, Eden refuse d'aller au clash pour forcer son transfert.

Des débuts en fanfare

Quand les principaux protagonistes du Mondial connaissent des difficultés au moment d'entamer la saison nouvelle, Eden, lui, reprend en fanfare. Comme s'il n'y avait eu aucune coupure entre la Russie et le retour en Premier League. En coulisses, il refuse une énième fois de signer un nouveau contrat pour favoriser son départ douze mois plus tard. Mais sur le terrain, il s'épanouit sous les ordres de son nouveau coach.

Auteur d'un festival dès sa reprise contre Huddersfield (six dribbles et un assist en... 14 minutes), il inscrit sept buts et délivre trois assists lors des huit premières journées de Premier League et élimine Liverpool en Coupe de la Ligue avec un but de classe mondiale inscrit à la 85e minute.

Il faut dire que l'alchimie est réelle avec Sarri. Son retour à la compétition après un Mondial éreintant a été parfaitement géré. D'un point de vue tactique, Chelsea redevient joueur avec un 4-3-3 positionné haut sur le terrain grâce aux poumons de Kanté et aux pieds de Kovacic. Eden est donc plus près de la zone dangereuse et doit moins défendre.

Le coach italien a un plan, qu'il dévoile à la mi-septembre : "Je lui ai dit qu’il pouvait marquer plus de 40 buts en dépensant moins d’énergie loin du but." Avant de préciser ceci : "Je pensais qu'Eden était l’un des meilleurs joueurs d’Europe mais j’ai changé d’avis : c’est le meilleur."

Notre compatriote ne cache pas son admiration pour le système mis en place : "Je ne sais pas si j’ai déjà été si bon. Je joue bien parce que nous jouons bien." Ni pour son coach, d'ailleurs : "Je pense qu’il serait le remplaçant idéal de Martinez lorsqu’il terminera son mandat pour l’équipe nationale belge."

Objectif Real

Si la saison de Chelsea connaît des hauts et des bas, avec tout de même une belle troisième place et deux finales (Europa League et Coupe de la Ligue) arrachées, le futur transfert du Diable rouge s'inscrit comme le véritable leitmotiv au fil des mois.

En octobre, quand on lui parle du Ballon d'or, Eden explique qu'il est le meilleur du monde depuis le début du Mondial mais qu'il n'a aucune chance de remporter le trophée individuel face aux pensionnaires de Liga.

En novembre, après un match très physique contre Everton, il affirme ressentir l'usure liée aux nombreux coups reçus en Angleterre. En décembre, Sarri lui ouvre la porte avec un discours qu'il répétera plusieurs fois début 2019 : "Je veux Eden ici, bien sûr, mais je veux Eden ici s'il souhaite rester." La classe du coach italien, conscient que son meneur de jeu a toujours eu la sagesse et la loyauté de ne pas forcer son transfert, rapproche le joueur du Real Madrid. Comme si ces déclarations l'avaient un peu plus libéré, Eden sort un match XXL pour faire tomber Manchester City, trois jours plus tard.

Le Brainois finira l'année par le titre de sportif belge de l'année qu'il fêtera en inscrivant son 100e but pour Chelsea, face à Watford.

Prix fixé, décision prise et retour providentiel

Si l'on fait abstraction d'une raclée 6-0 à Manchester City suivie de la finale de Coupe de la Ligue perdue aux tirs au but contre le même adversaire (Eden réussissant une jolie panenka au passage), son année 2019 est surtout marquée par les rumeurs de transfert.

Tout débute en janvier lorsque certains médias britanniques affirment que Chelsea s'est résolu à fixer un prix sur son joueur, arrêtant enfin, 7 ans après son arrivée, de le ranger dans les "intransférables" à chaque mercato. Ce prix dépasserait les 100 millions d'euros et varie légèrement d'un média à l'autre.

En février, il y a cette phrase lâchée à nos confrères de RMC : "Je sais ce que je vais faire. Je me suis décidé." Un mois plus tard, c'est une véritable bombe qui explose au nez de la planète foot : Zidane est de retour au Real Madrid ! La crise sportive est profonde, à la Casa Blanca, et Zizou revient par la grande porte. Le Français reçoit des garanties en vue du prochain mercato, lors duquel il aura les coudées franches.

ZZ ne tient pas deux semaines avant de déclarer ceci : "Je suis un fan d'Eden. De tous les joueurs belges, c'est celui qui me donne le plus de plaisir quand je suis devant un match des Diables rouges." Il remet le couvert en conférence de presse, début avril, devant tous les médias espagnols : "C'est un joueur que j'ai toujours apprécié, comme tout le monde le sait" avant de proposer aux journalistes de reparler d'Eden "à la fin de la saison."

Le 13 mai, le rideau tombe sur la Premier League et sur les derniers espoirs des supporters blues concernant les intentions de leur chouchou : "Ma décision a été prise et rien ne me fera changer d'avis. J'attends toujours tout comme vous attendez et comme les fans attendent. Je ne peux pas tout contrôler."

À l'heure de publier ce grand format, on ne sait pas encore si Eden Hazard accrochera une deuxième Europa League à son palmarès. Par contre, il semble évident que cet ultime match de la saison sera le dernier du Diable sous la vareuse blue.

S'il est arrivé un peu par hasard à Chelsea il y a sept ans, à la faveur d'un ticket pour la Champions League décroché sur le fil par les Londoniens, le joueur le plus populaire de Belgique aura en tout cas tout fait pour rejoindre le Real, un club qu'il a choisi bien avant de devenir professionnel. Il nous reste à lui souhaiter de réaliser ce rêve de gosse. S'il y en a bien un qui le mérite, c'est lui...