"Construire du nouveau à un âge où nous avons encore quelques années devant nous..."

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« Tout a commencé le 30 septembre 2011 à Blanes près de Barcelone. Avec mon équipe derugby féminin Ovalie Kituro, nous participions au Barcelona Rugby Festival où une trentaine d’équipes de vétérans s’affrontaient dans une ambiance festive. En dehors du tournoi, les équipes se côtoyaient dans les bars avoisinants l’hôtel et lors des repas. L’ambiance était insouciante et je ne pensais pas y rencontrer Christian, l’homme qui m’amènerait à une nouvelle fois changer de vie quelques années plus tard…. »

Pourtant, c’est ce qui est bel et bien arrivé à Christine, bruxelloise de 52 ans aujourd’hui. Un double changement de vie : d’abord en partant s’installer dans le sud de la France, ensuite en ayant pour nouveau projet avec son amoureux de retaper une bâtisse au cœur de l’Isère et du Vercors.

«Après ce week-end festif, chacun est retourné chez lui, moi à Bruxelles et Christian à Carqueiranne près de Toulon. Je ne croyais plus aux relations à distance après deux échecs de ce type, mais contre toute attente et au grand étonnement de notre entourage, notre histoire d’amour s’est consolidée un peu plus chaque mois. »

De l’aveu même de Christine, cette histoire n’aura été possible que grâce aux vols aériens fréquents et abordables entre Nice ou Marseille et Bruxelles. Ce qui permettra à Christian de venir régulièrement pour un week-end à Bruxelles et donnera la possibilité à notre compatriote d’aller quelques semaines par an en vacances à Carqueiranne.

«Après presque deux années d’aller-retour réguliers, j’ai décidé de partir vivre enFrance, car les choses allaient changer pour moi à Bruxelles. Mon fils, qui avait 19 ans à ce moment-là, allait rentrer à l’université. Côté boulot, je ne me sentais plus en harmonie dans l’entreprise pour laquelle je travaillais et celle-ci allait d’ailleurs déménager. Cette association de faits représentait pour moi le bon moment de bouger...» nous relate-t-elle.

Elle n’a réalisé qu’elle quittait la Belgique qu’au moment de monter dans le camion de déménagement. «Dire au revoir à mon fils pour partir vers cette nouvelle vie a été la chose la plus difficile, tout en sachant qu’on se verrait souvent ».

Première étape : la Côte d’Azur et son délicieux climat

En 2013, Christine est donc partie vivre à Carqueiranne, station balnéaire située à l’est de Toulon, où son compagnon français possède un duplex. Un appartement qu’elle se fera une joie de rénover avant de se mettre en quête d’un travail.

« Nous avons la chance de vivre en bord de mer dans une région magnifique que les gens choisissent comme destination de vacances. C’est donc l’inconvénient de l’été, il y a beaucoup de monde, mais c’est un très agréable cadre de vie. Ce qui est le plus dépaysant, c’est le climat car il n’y a pas quatre saisons marquées comme en Belgique. Dans le Sud, c’est l’été d’avril à septembre et pour les autres mois, c’est un climat plutôt tempéré pas vraiment froid, ni trop pluvieux.»

Le côté positif également, c’est que l’expatriation vers un autre pays francophone n’est pas difficile tout en ayant à l’esprit qu’on peut y faire face aussi à quelques tracasseries administratives !

Et la différence de mentalité, lorsqu’on s’installe dans un pays qui possède la même langue mais un esprit différent inévitablement, n'est pas toujours évident à gérer. « A mon grand étonnement, il y a pas mal de râleurs et d’impatients dans le Sud, je crois que c’est ce qui m’a le plus surprise. Quand on y vient l’été,on retient surtout la bonne humeur des commerçants sur les marchés… Quand ons’installe réellement, on se rend compte que derrière cette bonne humeur il n’ya pas souvent de vrais liens d’amitiés qui se créent… Et c’est ce qui m’a le plus manqué de la Belgique. Mes nombreuses amies du rugby, la bienveillance des gens et même l’accent ! »

Boulot : tout reprendre à zéro…

Christine ne voulait privilégier qu’un temps partiel d’un point de vue occupation professionnelle étant donné qu’elle souhaitait être plus disponible lors des visites de son fils. «Je n’ai trouvé qu’un boulot d’aide à domicile. J’ai travaillé chez des gens venant de diverses régions de la France qui profitaient d’une retraite au soleil. L’adaptation de ce côté-là n’a pas été difficile. Je n’allais pas me plaindre: la vie avec mon amoureux dans un endroit magnifique était bien agréable, on pouvait profiter de la plage et de la mer hors-saison, faire de belles balades,…. »

Derrière ce tableau quasi idyllique se cache quand même des moments de déprime. Un éloignement des proches et de la mère patrie compliqué à gérer dans les premiers mois. « Je n’aurais pas pu aller vivre plus loin, malgré le fait que mon compagnon aurait aimé partir vivre à la Réunion où il avait déjà vécu trois années. Je voulais rester proche en distance de la Belgique pour pouvoir y retourner régulièrement et y retrouver mes racines » tranche Christine.

50 ans et encoredes rêves en eux !

La cinquantaine atteinte pour tous les deux, l’impression d’avoir fait le tour de leur boulot respectif, Christine et Christian ce sont dit que c’était l’instant pour réfléchir aux diverses possibilités de faire autre chose de leur vie.

« Nous aimons la montagne. Elle nous apaise. On a choisi notre nouveau projet de vie et notre nouvelle région d’habitation en fonction de la passion de mon compagnon pour le canyoning. Le Vercors est le paradis des canyonistes. Lors de ses sorties sportives en groupe, Christian s’est rendu compte que les lieux d’accueil manquaient. Nous avons donc étudié la possibilité d’offrir aux groupes de sportifs, une formule de logement simple, proche de l’auberge de jeunesse avec des dortoirs et des sanitaires communs, tout en proposant une formule petit-déjeuner et repas le soir. Nous nous sentons aptes à relever ce défi tout en sachant que l’accueil de gens est un métier ».

Mais notre Belge ne s’en laisse pas compter ! Elle croit en ses propres atouts qui permettront au couple de proposer un environnement de logement agréable, de bons repas et suffisamment de patience pour essayer de satisfaire les clients même les plus difficiles.

En avril 2017, ils se sont logiquement mis à la recherche d’une maison suffisamment grande pour réaliser le projet, dans une zone bien définie par rapports aux activités sportives. Après une journée de visites immobilières, la chance est passée par là… Ils ont ainsi découvert un ancien corps de ferme pour lequel ils ont éprouvé un coup de cœur immédiat.

« La bâtisse est constituée d’un partie déjà habitable mais à aménager pour notre projet de gîte ainsi que d’une énorme surface de granges à rénover complètement. C'est situé dans le village d’ Izeron entre Grenoble et Valence. Traversée par la rivière Isère et installée sur sa rive gauche, la commune jouit d’une très belle vue sur le massif du Vercors. »

Muté et motivé !

Pour embrasser ce nouveau projet, le compagnon de Christine a dû demander sa mutation. Il a commencé un nouveau travail dans la région début janvier 2018. Dans la base navale de Toulon, il travaillait comme technicien de l’incendie dans un bureau d’études. Une fois sa demande de mutation obtenue auprès du Ministère des armées, il a commencé à travailler dans une base militaire près de Grenoble comme chargé de prévention et sécurité.

« Et moi » nous dit fièrement Christine, «je m’occupe à plein temps de la rénovation de notre gîte, aidée par Christian les soirs et week-end. Nous attendons la vente de notre appartement à Carqueiranne pour pouvoir financer de plus gros travaux qui seront en partie réalisés par des artisans locaux. Nous espérons être prêts à accueillir nos premiers voyageurs au printemps ou à l’été 2019 ».

A propos de son nouveau lieu de vie, toujours aussi loin de la Belgique, notre compatriote n’a que des compliments. « C’est un endroit de vie où nous avons été très bien accueillis par nos voisins. Les gens sont d’une grande gentillesse et nous sommes heureux d’avoir osé quitter ce que nous avions dans le sud.

Et de conclure par ces quelques mots à l’adresse de ceux qui voudraient avancer et changer de vie !
« Je ne sais pas s’il est plus facile de changer de vie de nos jours, mais si l’envie est là, il faut oser pour ne pas le regretter plus tard. Dans notre cas, nos enfants sont grands, nous n’avions donc pas de souci de ce côté-là. Ce changement ne concernait que nous seuls. Evidemment, changer de vie est source de stress, surtout pendant la phase de transition et de l’élaboration du projet. Mais construire quelque chose de nouveau à un âge où nous avons encore quelques années devant nous pour le concrétiser est très enrichissant. »